23.01.2012
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Sous le vent, le temps mort dort. Sous le vent, les cris s’échouent sur les feuilles mortes, certains roulent jusqu’à nos pieds. Un soupçon, un murmure court sous les feuilles et s’évaporent. Indiscernables. Le fond de tes yeux baigne dans les sombres attraits de l’alcool blanc. Le tronc de ton corps sur le tronc de l’arbre. Lequel est vivant. De quelle couleur, sous ton écorce ?
Soubresaut violent dans cette platitude, tu tombes brusquement sur le côté. L’arbre reste debout. Une volonté. Tes yeux sont fermés et cherchent la lumière évanescente. Ta main, un peu dans la mienne, ne serrent plus que le temps qui passe. Imperceptible.
Déjà, la nuit avale l’horizon. Le paysage se resserre autour de nous. Petit à petit, les arbres perdent leur cime, grignotée par l’obscurité. Ne reste bientôt que les troncs, bientôt que leur silhouette, bientôt plus rien. Que ce tronc au bas duquel tu t’es endormie.
La nuit avale aussi les bruits. Plus rien à présent ne parvient sous les feuilles. Aucun murmure, que ton souffle. Comme une flamme fragile qui vacille sous le vent. Je l’entends faible. Inquiet. Je m’approche de ton corps, me blotti derrière toi, et respire tes cheveux. J’ouvre ma nuit en fermant mes yeux. Pour un autre monde, le monde des possibles.
Au matin, le brouillard monte des tréfonds, des voiles lancinants. Durant quelques instants, la réalité est fragile, prise entre deux mondes, celui de la nuit qui s’achève et celui du matin, éphémère. J’allume un feu avec quelques branches mortes de la veille. Je souffle sur les braises, et tu tousses. L’instant est encore fragile. Tu te retournes, me regardes, je regarde le feu que tu regardes. Un peu de chaleur entre nous.
Avec le jour reviennent les bruits, du feu, de quelques oiseaux rares, des feuilles qui s’agitent mais ne peuvent rien d’autres que de s’agiter. De toi, presque rien, un léger raclement de gorge tout à l’heure, et puis plus rien depuis. Je sais que tu m’observes. Je ne t’offrirai pas un regard, je ne saurai quoi y mettre dedans. Et tu y lirais trop de choses. Je suis inconnu, je dois le rester. Je dois aussi m’éloigner de moi autant que possible, dans cette folie.
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