26.01.2012

4/

A écouter les vagues, venir et repartir. A leur demander de me laver de cet affront. Etrange sensation que de jouer un rôle à son insu, d’être pris dans une histoire où l’on vous a octroyé un second rôle sans vous prévenir. Où l’on vous observe pour guetter vos réactions, où l’on voit bien que vous n’y êtes pas, dans la réalité, où l’on continue donc de vous sourire comme autant d’explosifs que l’on vous glisse à l’intérieur de votre âme, qui un jour de lumière, s’amorceront pour tout détruire, et d’abord vous. Je me remémorais tout ces instants passés, maculés d’une nouvelle couleur, où la complicité laissait désormais place à la trahison et au mensonge. Ces sentiments prenaient le goût d’une lame de fer rouillée et emplissaient tout mon palais. Toute ma construction idéologique s’écroulait dans un fracas indicible, toutes ces années à me construire, tout mon capital, toutes mes croyances soudainement déchirés par le vent de l’infâme réalité. J’étais tout à la fois entièrement perdu dans cette nouvelle peau, éperdument triste car je savais avoir perdu mon amour, et volcaniquement furieux, une fureur de l’intérieur si incommensurable qu’elle ne pouvait s’extraire par la voie de la parole.

Je restais là, sur ce bord de mer, de longues minutes, peut être une heure, gisant. Comme un menhir de Carnac, hors du temps, hors de mon temps.

24.01.2012

3/

Je descendis les escaliers, je descendais de ma tour. Sur la terrasse, des amis autour d’un thé. Je la croisais sans la voir, elle du me trouver bizarre et me demanda si ça allait. Ouais lâchais-je, en sortant sur le trottoir. Vite de l’air, de l’air à tout prix. Je tournai à droite pour me rendre sur la place des Amandiers, respirer les alizées, entendre la mer. Je m’assis sur un banc. Des centaines d’images défilèrent devant moi, des images entachées à jamais, des images d’elle, des images de lui, des images d’eux et de moi au milieu, aveugle et demeuré. Prêt à lui serrer la main, prêt à lui donner mon amitié. Le souffle court, le ventre rempli d’acide, mon esprit ne pouvait pas se figer un seul instant, impossible de savoir quoi faire, quoi dire. Une ivresse nauséabonde. Un corps sans force, sans vigueur, sans envie. Des mains qui se trouvent trop basses, trop prêtes du sol, une tête qui se trouve trop haute, trop éloignée du sol, un envie subite de ramper, de se rouler par terre, de serrer quelque chose. Je pris de la terre dans mes mains, et je la serrais nerveusement, voulant la broyer. Mon corps tout entier se contracta, et de l’infini perla une larme, puis deux, puis quelques unes que je pus compter, si peu devant cet abysse, mais un premier pas vers la réalité.

2/

Quelques années de cela, un soir d’hiver. A n’y rien comprendre. Un mail encore ouvert. Ces quelques lignes. Je ne pensais pas un jour avoir un amant ! Une main qui soutient un corps qui s’écroule, un cœur qui s’emballe pour courir ailleurs, la gerbe soudain. Vaciller jusqu’à la salle de bain, vomir, mais rien ne sort, rien ne sortira jamais. Une pathétique histoire, banale parce que si répandue, déchirante parce que toujours invisible. Une haine qui prend forme, brusquement, qui prend corps et nous tient de l’intérieur. Turgescence haineuse. Que faire ? Relire ces lignes. Pour être sûr, s’asseoir. Entendre le monde autour qui continue de vivre, sans nous. Ne pouvoir ni crier, ni pleurer. Sentir dans son ventre une aigreur nouvelle, violente, persistante. Et puis décider de ne rien dire, d’observer et ne rien dire, de ravaler tout ça, pour le moment, sachant bien déjà que les jours à venir ne seront plus jamais comme les jours passés. Une faille s’est ouverte, du magma sanguin s’en réchappe, et rien ni personne ne pourra le refermer vraiment. Il y aura désormais le monde d’avant, et le monde d’après. Et au milieu erre un homme sans chemin.

23.01.2012

1/

Sous le vent, le temps mort dort. Sous le vent, les cris s’échouent sur les feuilles mortes, certains roulent jusqu’à nos pieds. Un soupçon, un murmure court sous les feuilles et s’évaporent. Indiscernables. Le fond de tes yeux baigne dans les sombres attraits de l’alcool blanc. Le tronc de ton corps sur le tronc de l’arbre. Lequel est vivant. De quelle couleur, sous ton écorce ?

Soubresaut violent dans cette platitude, tu tombes brusquement sur le côté. L’arbre reste debout. Une volonté. Tes yeux sont fermés et cherchent la lumière évanescente. Ta main, un peu dans la mienne, ne serrent plus que le temps qui passe. Imperceptible.

Déjà, la nuit avale l’horizon. Le paysage se resserre autour de nous. Petit à petit, les arbres perdent leur cime, grignotée par l’obscurité.  Ne reste bientôt que les troncs, bientôt que leur silhouette, bientôt plus rien. Que ce tronc au bas duquel tu t’es endormie.

La nuit avale aussi les bruits. Plus rien à présent ne parvient sous les feuilles. Aucun murmure, que ton souffle. Comme une flamme fragile qui vacille sous le vent. Je l’entends faible. Inquiet. Je m’approche de ton corps, me blotti derrière toi, et respire tes cheveux. J’ouvre ma nuit en fermant mes yeux. Pour un autre monde, le monde des possibles.

Au matin, le brouillard monte des tréfonds, des voiles lancinants. Durant quelques instants, la réalité est fragile, prise entre deux mondes, celui de la nuit qui s’achève et celui du matin, éphémère. J’allume un feu avec quelques branches mortes de la veille. Je souffle sur les braises, et tu tousses. L’instant est encore fragile. Tu te retournes, me regardes, je regarde le feu que tu regardes. Un peu de chaleur entre nous.

Avec le jour reviennent les bruits, du feu, de quelques oiseaux rares, des feuilles qui s’agitent mais ne peuvent rien d’autres que de s’agiter. De toi, presque rien, un léger raclement de gorge tout à l’heure, et puis plus rien depuis. Je sais que tu m’observes. Je ne t’offrirai pas un regard, je ne saurai quoi y mettre dedans. Et tu y lirais trop de choses. Je suis inconnu, je dois le rester. Je dois aussi m’éloigner de moi autant que possible, dans cette folie.

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